
Dynastie d’ébénistes du Dauphiné, les Hache produisent durant tout le XVIIIe siècle un mobilier aux formes et aux décors uniques. Entretenant des relations avec l’artisanat parisien, ils imaginent des pièces d’une grande richesse à destination de la noblesse de la région.

Capitale du Dauphiné, Grenoble est un centre important au XVIIIe siècle. Bien que de taille modeste, elle abrite de très nombreuses familles nobles qui stimulent son économie. Siège du parlement du Dauphiné où se réunissent soixante-dix conseillers, elle accueille également de nombreux magistrats et une importante garnison. Plusieurs hôpitaux se développent grâce à un généreux patronage, et un collège jésuite reçoit jusqu’à quatre cents élèves. La création en 1774 des Affiches, annonces et avis divers du Dauphiné, sur le modèle du fameux périodique parisien, incarne l’ambition de cette province qui souhaite affirmer son rayonnement culturel. Cette concentration de fortunes entraîne une activité florissante, notamment dans le domaine du mobilier. Les parlementaires et la noblesse environnante, souhaitant vivre luxueusement, demandent aux artisans de riches créations du dernier goût, que les Hache leur fournissent les premiers tout au long du siècle

Après un apprentissage à Toulouse et un séjour à Chambéry, Thomas Hache (1664–1747) est le premier à s’établir à Grenoble où il devient maître ébéniste en 1701. Particulièrement talentueux, il développe des formes et des décors originaux qui font de son atelier et de son magasin les plus réputés de la ville. Dès 1725, son fils unique, Pierre (1705–1776), travaille à ses côtés dans l’atelier de la rue Neuve de Bonne, actuelle rue Voltaire. Le propre fils de ce dernier, Jean-François (1730–1796), le rejoint vers 1750 alors que les ateliers s’agrandissent et déménagent place Claveyson. Les Hache jouissent alors d’une grande réputation, que chaque génération maintient brillamment. Ébénistes, menuisiers, marchands de divers petits meubles, objets et quincaillerie, ils fournissent toute la noblesse en marchandises variées. Celles-ci sont détaillées sur les étiquettes qu’ils apposent parfois sur leurs productions, en guise de signature et de publicité. À la fin du siècle, les Hache sont appelés pour diriger le réaménagement d’appartements complets, comme ceux du château de Longpra ou ceux de l’intendant Pajot de Marcheval.

Leur manière se distingue d’abord par les matériaux et les techniques employés. Au contraire des ébénistes parisiens, les Hache préfèrent aux bois exotiques les bois des Alpes, noyer, sorbier, frêne, olivier, poirier, cytise, érable, sapin, mélèze… Ils recherchent les loupes, racines et ronces aux motifs complexes qu’ils teintent de couleurs vives. Maîtres de l’art de la marqueterie, les Hache déploient sur leurs réalisations de superbes compositions, associant bouquets de fleurs, rinceaux et motifs géométriques. D’autres matériaux sont parfois intégrés à leurs décors, de l’os ou de l’ivoire pour les fleurettes, et de l’étain à de rares occasions. Sous l’influence italienne de son séjour à Chambéry, alors situé dans le duché de Savoie, Thomas décore certaines de ses premières armoires de scagliola colorée en vert, bleu ou rouge. Parfaitement exécutée, l’œuvre des Hache frappe par le contraste de ses couleurs et du fil de ses bois, qui lui confèrent une grande puissance décorative.


© Les Arts Décoratifs / Jean Tholance
Tout au long du siècle, l’atelier des Hache suit l’évolution du goût parisien. Chaque génération semble avoir séjourné à Paris ou avoir entretenu des relations avec certains ébénistes de la capitale. Influencé par l’œuvre de Pierre Gole (1620–1684), Thomas Hache reprend ses marqueteries de fleurs ainsi que les dernières inventions formelles du règne de Louis XIV, cabinet sur pied, commode et bureau. Pierre développe quant à lui un goût Louis XV sensible dans le dessin de ses végétaux au rendu naturaliste. Jean-François, qui séjourne à Paris vers 1755, en rapporte un goût grec orné proche de celui de Jean-François Œben (1721–1763). Il reprend de cet ébéniste les marqueteries de cubes sans fond, les frises de grecques, les médaillons fleuris et la forme du bureau à cylindre. Œben apparaît d’ailleurs dans les minutes d’un procès de 1756 opposant les Hache à un ancien ouvrier. Tous les goûts du XVIIIe siècle trouvent ainsi une expression particulière dans l’art des Hache.

En 1788, Jean-François cède à son frère Christophe-André (1748–1831) la gestion de l’atelier. Les troubles liés à la Révolution française et un contexte économique difficile mettent cependant en péril l’entreprise des Hache, qui cesse finalement son activité.
Bibliographie :
Evelyne de Franclieu, Quand les Hache meublaient Longpra, Glénat, 2010
Pierre Rouge, Françoise Rouge, Le génie des Hache, Éditions Faton, 2005
Marianne Clerc, Hache, Ébénistes à Grenoble, Glénat, 1997