UNE PAIRE DE FLAMBEAUX LOUIS XIV

France, époque Louis XIV, vers 1710
Attribuée à Corneille Van Clève (1645−1732)
Bronze ciselé et doré

Provenance : Collection de Philippe de Nicolay-Rothschild

Hauteur : 42,5 cm – 16 ½ inches
Largeur : 20,5cm – 8 inches

Réalisée à la fin du règne de Louis XIV, cette paire de flambeaux s’inscrit dans la tradition du grand mobilier du Roi-Soleil. Exécutée d’après un modèle livré pour le roi à Versailles et Marly, elle témoigne du goût puissant et noble favorisé par le souverain. Attribué à quelques-uns des plus grands artisans du roi, ce modèle connaît un succès continu tout au long du XVIIIe siècle et se retrouve dans certaines des plus grandes collections de la période.


UN MODÈLE POUR LE ROI

Le 10 novembre 1702, l’orfèvre Nicolas Delaunay (1646−1727) livre au château de Versailles six flambeaux en vermeil représentant « un homme nu assis sur un balustre […] et portant sur l’épaule un enfant tenant sur sa tête la bobèche […] posé sur un pied rond ciselé dessus de godrons tournants ». Ils sont destinés à la nouvelle chambre que Louis XIV vient de faire aménager au centre de la façade de la cour de Marbre. En 1708, l’orfèvre livre une nouvelle série de flambeaux similaires, destinée cette fois aux appartements du roi au château de Marly, et augmentée d’un pendant féminin.

Delaunay travaille alors déjà depuis de nombreuses années pour la couronne. Formé auprès du grand orfèvre Claude Ballin (1615−1678) dont il épouse la nièce, il est, avec son oncle, l’un des artisans les plus célébrés du règne de Louis XIV (Fig. 1). Il l’assiste dans la réalisation de certaines pièces du mobilier d’argent, l’une des grandes entreprises artistiques du souverain (Fig. 2). Exécuté à partir des années 1660, il est constitué d’aiguières, de tables, de torchères, de vases ou encore de miroirs, tous d’argent massif.

Fig. 1 – Robert Le Vrac dit Tournières, Portrait de l’orfèvre Nicolas Delaunay et de sa famille, vers 1700, Caen, Musée des Beaux-Arts (inv. Inv. 78.2.1)

De nombreux modèles sont créés dans le cadre de cette commande, notamment par Ballin et Delaunay. Ils contribuent à créer le grand goût Louis XIV, aux formes monumentales, puissantes et nobles, complétées par une grande richesse ornementale.

Fig. 2 - Meiffren Comte, Nature morte avec chandelier des travaux d’Hercule et deux aiguières, seconde moitié du XVIIe siècle, Versailles, Châteaux de Versailles et de Trianon (inv. MV 8919)
© Château de Versailles, Dist. RMN / © Christophe Fouin

En 1685, face aux difficultés économiques éprouvées par le royaume en guerre, Louis XIV décide de faire fondre le mobilier d’argent. Les orfèvres sont durement touchés par cette mesure, suivie de nombreuses restrictions somptuaires portant notamment sur la production d’objets dorés ou argentés.
Elles s’assouplissent au début du XVIIIe siècle, et de nouvelles commandes sont adressées aux artisans. Les orfèvres s’associent parfois aux bronziers pour le travail de ciselure de leurs réalisations, et de nouveaux modèles sont mis au point. Cette paire de flambeaux est ainsi l’héritière de ce grand mobilier. Ses lignes sculpturales et équilibrées correspondent au goût du Roi-Soleil, qui retrouve dans ce modèle, dix-sept ans après la fonte de son mobilier, le même esprit.


NICOLAS DELAUNAY ET CORNEILLE VAN CLÈVE

L’attribution du modèle de ces flambeaux est aujourd’hui encore discutée. On lit tout d’abord dans ce modèle l’influence de Charles Le Brun (1619−1690), le grand ordonnateur du goût Louis XIV. Ses grands flambeaux « aux mois », dessinés en 1669, présentent un fût composé d’un homme vêtu d’un simple drapé et portant sur sa tête la bobèche (Fig. 3).

Fig. 3 – Charles Le Brun, Flambeau de la série des Mois, vers 1669, Paris, Musée du Louvre (inv. INV 29559)
© GrandPalaisRmn (Musée du Louvre) / Thierry Le Mage

Deux dessins, quasiment identiques à notre paire de flambeaux, sont aujourd’hui conservés au Staatliche Museen de Berlin (Fig. 4). Les groupes en ronde-bosse, la forme et l’ornementation du pied et de la bobèche se retrouvent précisément de l’un à l’autre.
D’abord attribués à Le Brun, ces dessins sont maintenant souvent donnés au sculpteur Corneille Van Clève (1645−1732). Issu d’une famille d’orfèvres flamands établie à Paris depuis le règne d’Henri IV, Van Clève est reçu maître à l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1681. Il participe activement au chantier de Versailles et se spécialise notamment dans la production de bronzes. Réalisant aussi bien des groupes sculptés, des éléments de décor ou du mobilier, il livre des œuvres pour Versailles, Marly ou Meudon. Van Clève est par ailleurs le beau-frère de Nicolas Delaunay, avec lequel il collabore régulièrement et auquel il fournit parfois des modèles.

Vraisemblablement conçus par Van Clève, les premiers flambeaux ont probablement été fondus par Delaunay qui les a livrés ensuite au roi. Outre ceux livrés à Marly en 1708, d’autres exemplaires reprenant ce modèle sont ensuite réalisés, dont notre paire de flambeaux, et les conditions de leur réalisation et de leur diffusion restent encore à déterminer.

Fig. 4 - Charles Le Brun (attribué à) ou Corneille Van Clève (attribué à), Dessin d’une paire de flambeaux, vers 1660, Berlin, Staatliche Museen (inv. Hdz02724 et Hdz02725)

UN MODÈLE DE COLLECTIONNEURS

Ce modèle est largement apprécié au XVIIIe siècle, et décliné en plusieurs variations. Les premiers exemplaires, livrés à Versailles et Marly, étaient en vermeil.
Plusieurs exemplaires en bronze doré sont ensuite réalisés, notamment la paire de notre collection, une paire figurant dans la collection de la marquise de Pompadour à sa mort en 1764, puis léguée à son frère le marquis de Marigny, ou une autre conservée aujourd’hui à la Wallace Collection (Fig. 5). De légères différences dans la ciselure et la fonte suggèrent différents exécutants.

Fig. 5 - Corneille Van Clève (d’après), Nicolas Delaunay (possiblement réalisée par), Paire de flambeaux, vers 1715, Londres, Wallace Collection (inv. F30)
© The Wallace Collection

Enfin, un autre modèle associant bronze patiné et bronze doré se retrouve dans les collections de Crozat de Thiers en 1772, de Randon de Boisset en février 1777 et du comte du Luc en décembre de la même année. Il est probable que ce soit à chaque fois le même exemplaire que ces amateurs raffinés ont acquis l’un après l’autre.

La Wallace Collection conserve une paire de flambeaux combinant cette association de bronzes patiné et doré à une bobèche et un piètement rocaille, ces derniers trahissant une exécution légèrement plus tardive, dans le courant des années 1730 (Fig. 6).

Fig. 6 - Corneille Van Clève (d’après), Claude II Ballin (possiblement réalisée par), Paire de flambeaux, vers 1735, Londres, Wallace Collection (inv. F80)
© The Wallace Collection

L’engouement pour ce modèle ne se dément pas au XIXe et au XXe siècle. Les exemplaires de la Wallace Collection, mentionnés précédemment, sont acquis par Richard Seymour-Conway, 4e marquis de Hertford, dans la seconde moitié du XIXe siècle. Plus récemment, le couturier et amateur d’art Hubert de Givenchy possédait dans sa collection une paire identique. Notre modèle, enfin, provient de la collection de Philippe de Nicolaÿ-Rothschild, le fils de Marie-Hélène de Rothschild.


Bibliographie

Michèle Bimbenet-Privat, « Le maître et son élève : Claude Ballin et Nicolas Delaunay, orfèvres de Louis XIV », Bibliothèque de l’École des chartes, t. 161, 2003, pp. 221–239.
Yves Carlier, « Sur quelques modèles de flambeaux en usage à la cour de France au XVIIIe siècle », Versalia. Revue de la Société des Amis de Versailles, n°2, 1999. pp. 60–65.
Peter Hughes, The Wallace Collection. Catalogue of Furniture, III, London, Wallace Collection, 1996, pp. 1193–1195.
Gérard Mabille, « Le mobilier d’argent de Louis XIV », Quand Versailles était meublé d’argent, Paris, Réunion des musées nationaux, 2007, pp. 78–79 ; fig. 65, 66 et 67 ; et pp. 234–235, cat. 9 et 10.

Mentions légales

© 2025, Galerie Léage

Conçu par Lettera.