
Sculpteur, bronzier et dessinateur, Jean-Louis Prieur est l’un des grands créateurs de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Il déploie à travers ses réalisations un néoclassicisme raffiné, entre goût grec et arabesques.

Le bronze est signé sur l’avant « Prieure sculpteur à Paris ».
© RMN – Grand Palais (musée du Louvre) / Les frères Chuzeville
Né vers 1732 dans le milieu artisanal parisien, Jean-Louis Prieur commence sa carrière en tant que sculpteur. Reçu maître à l’Académie de Saint-Luc en 1765, il est choisi l’année suivante par l’architecte Victor Louis (1731−1800) pour l’épauler dans le projet de réaménagement de l’appartement du roi Stanislas Poniatowski au château de Varsovie. Aux côtés des bronziers Philippe Caffieri (1714−1774) et François-Thomas Germain (1726−1791), il dessine des modèles et exécute plusieurs meubles et objets d’art, notamment une table, une pendule, des girandoles et des appliques. Il imagine des modèles de bronzes, et conçoit aussi des décors plus complets. Un dessin conservé à la bibliothèque universitaire de Varsovie présente ainsi une console surmontée d’une paire de candélabres et d’une pendule à Uranie aux armes du roi de Pologne, dont notre galerie conserve un modèle similaire. Quelques années plus tard, vers 1779, Prieur donne à nouveau un modèle pour le chantier du château royal de Varsovie : des appliques dont le dessin est aujourd’hui conservé à la bibliothèque universitaire de Varsovie (inv. zb.d 8358) et dont certains exemplaires se trouvent au musée Nissim de Camondo (inv. CAM 40.1).


Déjà familier du travail du bronze, Jean-Louis Prieur est reçu maître fondeur en 1769. Fondeur-ciseleur, il ne possède pas lui-même le matériel nécessaire à la fonte, mais la délègue à d’autres de ses confrères. Prieur reçoit ensuite de nombreuses et prestigieuses commandes. En 1770, il modèle deux pendules allégoriques destinées au Dauphin à l’occasion de son mariage, l’Alliance de la France et de l’Empire et La Paix et l’Abondance. Il crée de nombreux modèles les années suivantes, à destination de la famille royale et d’une riche clientèle privée. Il livre ainsi en 1776 deux « girandoles à trois branches enrichies de roses ciselées et trophées d’amour » pour le boudoir turc du comte d’Artois à Versailles. Couronnement de son succès, il reçoit la commande des bronzes du carrosse du sacre de Louis XVI, chef‑d’œuvre qu’il exécute en 1775 d’après des dessins de François-Joseph Bélanger (1744−1818). Alors au faîte de sa carrière, il est largement loué par les périodiques contemporains : l’Almanach Dauphinle dit ainsi l’un « des plus habiles modeleur et fondeurs-acheveurs de cette capitale, de l’aveu même des artistes ; compose lui-même ses desseins et exécute lui-même tous ceux qu’on lui fournit. »

© Château de Versailles, Dist. RMN / © Christophe Fouin
Sculpteur et bronzier, Prieur est également l’un des premiers dessinateurs professionnels. En 1766, la corporation des maîtres fondeurs décide en effet de l’établissement d’un bureau des dessins, permettant de déposer et de protéger les modèles. Prieur conçoit ainsi une grande variété de meubles et d’objets d’art : cheminées, luminaires, consoles, ou encore pendules. On conserve un projet de cheminée de sa main, richement ornée de masques de bronze doré et réalisée pour le salon de compagnie des petits appartements du palais Bourbon. On lui attribue également un modèle d’applique surmontée d’une torche enflammée, que l’on retrouve décliné en bronze doré ou encore en bois doré dans les collections de la galerie.
Malgré son succès, Prieur fait faillite en 1778. Il se réfugie alors au Temple, vraisemblablement sous la protection du comte d’Artois. Il se consacre dès lors au dessin et à la gravure d’ornements, et publie plusieurs recueils dont sept Cahiers de sujets arabesques (après 1784) et des Suites de vases.


À travers ses réalisations, Jean-Louis Prieur explore différents moments du néoclassicisme. Il déploie d’abord un goût grec original, que l’on retrouve notamment dans un projet de console en fer poli destinée à la chambre des portraits du château de Varsovie d’après un modèle initialement conçu par le serrurier Deumier (1705−1785). L’emploi conjoint du métal à la couleur argentée et du bronze doré, allié à des motifs directement issus du vocabulaire antique révèle un goût grec assumé. Un exemplaire de cette console, en bronze argenté et doré, est conservé au musée Nissim de Camondo. Dans les années 1780, le néoclassicisme évolue et favorise un goût arabesque léger et riant, que Prieur, à son tour, s’approprie brillamment. Ses recueils de gravures montrent ainsi plusieurs vases, montants, dessus de portes et meubles associant putti joueurs, entrelacs délicats et guirlandes fleuries. Ils sont repris par ses contemporains – bronziers, peintres décorateurs ou manufactures de papier peint.

© Bibliothèque de l’Université de Varsovie

© Musée des Arts décoratifs
Tour à tour sculpteur, bronzier et dessinateur, Jean-Louis Prieur incarne la richesse du néoclassicisme français, du goût grec affirmé aux arabesques légères des années 1780. Diffusée par ses recueils gravés, son œuvre a durablement nourri les arts décoratifs de la fin du XVIIIᵉ siècle, dont notre galerie conserve aujourd’hui de précieux témoignages.
Bibliographie :
Christian Baulez, « Jean-Louis Prieur, une vie au service du bronze doré », Dessiner et ciseler le bronze. Jean-Louis Prieur (1732−1795), document consultable en ligne.
Sylvie Legrand-Rossi, « Dessins de modèles pour le bronze et la gravure attribués à Jean-Louis Prieur (1732−1795) », Dessiner et ciseler le bronze. Jean-Louis Prieur (1732−1795), document consultable en ligne.
Sylvie Legrand-Rossi, « Les bronzes d’ameublement attribués à Jean-Louis Prieur (1732−1795) au musée Nissim de Camondo, Dessiner et ciseler le bronze. Jean-Louis Prieur (1732−1795), document consultable en ligne.
Pierre Verlet, Les bronzes dorés français du XVIIIe siècle, Picard, 1999
Calouste Gulbenkian Museum, Designing the décor. French drawings from the eighteenth century, Calouste Gulbenkian Foundation, 2005