
© Musée des arts et métiers-Cnam / Photo Dephti Ouest

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© Château de Versailles, Dist. RMN / © Jean-Marc Manaï
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les sciences constituent un enjeu politique majeur. Colbert, ministre de Louis XIV, saisit très vite leur importance et soutient l’établissement de l’Académie des sciences en 1666. Celle-ci rassemble d’éminents savants et attire à Paris des spécialistes étrangers. L’Observatoire est ainsi fondé en 1667 et dirigé par l’Italien Giovanni Domenico Cassini. Ce dernier s’attelle au calcul des longitudes, qui confère à ceux qui la possèdent un avantage majeur sur les mers. De nombreuses disciplines se développent sous la protection du Roi-Soleil : la géographie, qui précise les possessions territoriales du royaume ; l’agronomie, qui garantit une production agricole optimale ; mais aussi la médecine et la chirurgie. La construction de Versailles, chef‑d’œuvre de la monarchie absolue, est une démonstration magistrale de l’avancée des scientifiques français. L’architecture complexe du château, certaines innovations techniques comme les miroirs de la grande galerie ou la « chaise volante », ancêtre de l’ascenseur installé par Louis XV à Versailles en 1743, et surtout les jardins et leurs systèmes hydrauliques sophistiqués en résultent.

© RMN-GP (Château de Versailles)
En 1699, le règlement de l’Académie des sciences les répartit en six classes : la géométrie, l’astronomie, la mécanique, l’anatomie, la chimie et la botanique. Les sciences constituent alors de vastes champs d’études, encore augmentés au XVIIIe siècle par l’histoire naturelle et la physique générale. La haute aristocratie se passionne pour ces diverses disciplines, en discute dans les salons et les pratique même souvent. Cet intérêt se matérialise au milieu du siècle dans la création de l’Encyclopédie par un groupe d’intellectuels comprenant Jean Le Rond d’Alembert et Denis Diderot. L’ouvrage cherche à documenter l’état des dernières connaissances scientifiques et techniques, classées par ordre alphabétique. Dans les bibliothèques et les cabinets de l’aristocratie, l’Encyclopédie côtoie d’autres ouvrages spécialisés et des instruments variés. À Paris, plusieurs boutiques proposent aux amateurs globes, baromètres et thermomètres. Curiosité savante et goût des belles choses ne font alors qu’un. L’instrument scientifique n’est pas seulement un outil de mesure : il est aussi objet de collection, signe de distinction et ornement du cabinet.

Les sciences trouvent des expressions variées dans la société du XVIIIe siècle. L’expérience prend alors une place de plus en plus large dans le discours scientifique. En société, elle donne lieu à des démonstrations saisissantes, comme celles qu’organise l’abbé Nollet dans la galerie des Glaces à Versailles en 1746. Il demande à plusieurs dizaines de personnes de former une chaîne pour ressentir la « commotion » produite par une décharge électrique se propageant de l’un à l’autre. Le savant est déjà célèbre dans la capitale depuis plusieurs années, et donne dans son hôtel particulier des cours de physique auxquels se presse toute l’aristocratie. Il s’appuie pour cela sur plusieurs centaines d’appareils de sa fabrication. D’autres amateurs poursuivent au contraire leurs expériences dans le secret de leurs appartements. Voltaire, Émilie du Châtelet ou encore le duc de Chaulnes constituent d’importantes collections d’instruments destinées à leurs cabinets de mécanique, d’histoire naturelle ou de physique

Les rois de France sont eux aussi férus de sciences. Ils reçoivent dès leur plus jeune âge un enseignement scientifique et fréquentent l’Académie des sciences. Dès son installation à Versailles en 1722, Louis XV aménage dans ses petits appartements autour de la cour des Cerfs de nombreux cabinets et bibliothèques. Il y place en 1754 l’extraordinaire pendule astronomique de Passemant. Dans son cabinet du Tour, le roi pratique lui-même cet art qui favorise maîtrise et patience. Il invite l’abbé Nollet en 1744 à instruire le Dauphin, et l’année suivante la Dauphine, faisant de lui le sous-précepteur pour les sciences. À partir de 1758, le scientifique dirige l’aménagement du Cabinet des Enfants de France dans l’hôtel des Menus-Plaisirs à Versailles, rassemblant plusieurs centaines de ses instruments. Louis XVI, à son tour, se passionne pour l’horlogerie, la serrurerie et la mécanique. Il dessine lui-même des cartes dans son cabinet de géographie et fait installer en 1780 un cabinet de chimie. Les rois de France encouragent également toutes sortes d’innovations scientifiques : la porcelaine dure est ainsi présentée aux courtisans aussitôt après son invention, et l’aérostat des frères Montgolfier décolle de Versailles en septembre 1783, quelques mois après son premier vol.

© Château de Versailles, Dist. GrandPalaisRmn / Christophe Fouin
Des cabinets du roi aux salons de l’aristocratie, les sciences du XVIIIe siècle sont tout à la fois instrument de pouvoir, passion intellectuelle et spectacle de société. De cet engouement nous restent aujourd’hui de précieux témoins : machines pneumatiques, globes, baromètres ou pendules aux multiples cadrans.
Bibliographie :
Béatrix Saule et Catherine Arminjon (dir.), Sciences & curiosités à la cour de Versailles, Éditions de la Réunion des musées nationaux, 2010
Ariane James-Sarazin et Sophie Motsch (dir.), Une journée au XVIIIe siècle, Les Arts décoratifs, 2026
Yves Carlier et Hélène Delalex (dir.), Louis XV, Passions d’un roi, In Fine éditions d’art, 2022