JEAN-FERDINAND-JOSEPH SCHWERDFEGER(1734–1818)

Jean-Ferdinand-Joseph Schwerdfeger, Secrétaire à secrets, détail de la signature, époque Directoire-Consulat, 1795–1803, galerie Léage

Encore largement méconnu aujourd’hui, Jean-Ferdinand-Joseph Schwerdfeger est l’auteur de l’un des meubles les plus riches jamais livrés pour Marie-Antoinette. Actif entre la fin du XVIIIe siècle et le début du siècle suivant, il exécute des œuvres d’ébénisterie à la charnière entre l’Ancien Régime et l’Empire.

Jean-Ferdinand Schwerdfeger (attribué à), Secrétaire à abattant, probablement livré pour la chambre de Marie-Antoinette au Petit Trianon, vers 1788, Boston, Museum of Fine Arts (inv. 1979.484)

Jean-Ferdinand-Joseph Schwerdfeger (1734–1818) est l’un des nombreux ébénistes allemands installés à Paris. Né à Steinbrück, en Basse-Saxe, en 1734, il rejoint la capitale française à peine âgé de dix-huit ans et s’établit dans le faubourg Saint-Antoine. Comme ses confrères germaniques, il peut y exercer son métier en tant qu’ouvrier libre, affranchi des contraintes de la jurande parisienne. Schwerdfeger y travaille de nombreuses années et côtoie Jean-Chrysostome Stumpff (1731–1806) et probablement Jean-Henri Riesener (1734–1806). L’ébéniste traverse les troubles révolutionnaires en compagnie des sans-culottes. Engagé comme agent de renseignement, il est finalement lui-même inquiété et emprisonné à la Conciergerie pendant une courte période. Après la Terreur, il retrouve ses établis et semble jouir d’une certaine prospérité, comme le montre l’inventaire dressé après le décès de sa femme en 1803.

Jean-Ferdinand-Joseph Schwerdfeger (ébénisterie), Jean-Démosthène Dugourc (d’après), Louis-Simon Boizot (bronzes d’après), Étienne Martincourt (bronzes fondus par), Pierre-Philippe Thomire (bronzes ciselés par), Jean-Jacques Lagrenée (peinture sous verre), Serre-bijoux de la reine Marie-Antoinette, 1787, Versailles, Châteaux de Versailles et de Trianon (inv. OA 5515)

© Château de Versailles, Dist. RMN / © Christophe Fouin

En 1787, un an après avoir reçu sa maîtrise d’ébéniste, Jean-Ferdinand-Joseph Schwerdfeger entre dans le cercle prestigieux des artisans de la reine Marie-Antoinette. Cette dernière souhaite un nouveau « coffre aux diamants » pour y ranger ses bijoux personnels dans l’alcôve de sa chambre à coucher au château de Versailles. Elle confie cette mission à son garde des meubles, Pierre-Charles Bonnefoy du Plan (1732–1824), chargé de choisir les artisans appelés à la remplir : le sculpteur Louis-Simon Boizot (1743–1809), directeur de l’atelier de sculpture de la manufacture de Sèvres, les bronziers Étienne Martincourt et Pierre-Philippe Thomire (1751–1843) et notre ébéniste. D’une richesse inouïe, ce somptueux meuble plaqué d’acajou est orné d’incrustations de nacre, de plaques de porcelaine, de gouaches et de bronzes dorés dans le goût étrusque. L’année suivante, Schwerdfeger livre un ensemble de meubles — table, console, commode et secrétaire — pour la chambre à coucher de la reine au Petit Trianon. Particulièrement originaux, ses bronzes dorés présentent des têtes de chien et un treillis de cannage reflétant les goûts champêtres et naturalistes de la reine.

Jean-Ferdinand-Joseph Schwerdfeger (ébénisterie), Joseph-Noël Turpin (bronzes), Jean-Baptiste-Godegrand Mellet (doreur), Jean-Démosthène Dugourc (d’après), Console livrée pour la chambre de Marie-Antoinette au Petit Trianon, 1788, Versailles, Château de Versailles et de Trianon (inv. V 5106)

© Château de Versailles, Dist. RMN / © Christophe Fouin

En dehors de ces livraisons à Marie-Antoinette, rares sont les meubles connus de Schwerdfeger. Il semble que l’ébéniste se spécialise dans les boîtes de pendule, particulièrement à partir de la période révolutionnaire. Il collabore à la réalisation de la pendule géographique qu’Antide Janvier (1751–1835), horloger du roi, présente à Louis XVI en 1791. Il réalise également la caisse du chef‑d’œuvre astronomique du même horloger, et lui livre de très nombreuses boîtes en acajou. Reconnu pour la qualité de ses caisses d’horlogerie, Schwerdfeger travaille avec d’autres grands horlogers, tels Bailly l’Aîné, Robert Robin (1741–1799) ou Jean-Simon Bourdier (mort en 1839). Dans les Étrennes chronométriques, Janvier décrit ainsi « la pendule de M. Robin connue sous le nom de Pyramide : nous la citons comme un chef‑d’œuvre de goût et d’exécution. Peu d’hommes sont en état d’apprécier seulement la boîte, dont les ajustements, fruit de la rare intelligence de M. Ferdinand Schwerdfeger, ne furent pas même connus de M. Robin avant la fin de l’exécution ».

Antide Janvier (mécanisme d’horlogerie), Joseph Coteau (décor d’émail), Jean-Ferdinand-Joseph Schwerdfeger (ébénisterie), Pendule géographique, présentée au roi Louis XVI en 1791 aux Tuileries, 1791, Fontainebleau, Château de Fontainebleau (inv. F 3261 C)

© RMN-Grand-Palais (Fontainebleau) / Adrien Didierjean

L’œuvre de Schwerdfeger est encore aujourd’hui difficile à cerner, et sa manière reste à étudier. Son estampille et sa signature sont rares : la première est seulement connue sur la commode du musée de Bordeaux, la seconde se retrouve incrustée dans le serre-bijoux de la reine et la table du Petit Trianon, et peinte à l’encre sur notre secrétaire. Entre Louis XVI, Directoire, Consulat et Empire, les réalisations de Schwerdfeger se distinguent par leur très grande qualité d’exécution. L’ébéniste emploie un bel acajou au veinage délicat, plaqué sur un bâti de chêne, et confère à toutes ses pièces une certaine monumentalité. Il développe une technique particulière de « poli inattaquable à l’eau seconde » citée par les documents d’archives, qui rend le placage d’acajou exceptionnellement solide. Schwerdfeger affectionne également les mécanismes complexes et précis : le serre-bijoux de Marie-Antoinette comme notre secrétaire à abattant présentent de nombreux secrets dissimulés dans le bâti du meuble.

Jean-Ferdinand-Joseph Schwerdfeger, Secrétaire à secrets, époque Directoire-Consulat, 1795–1803, galerie Léage

Travaillant tour à tour pour la reine et les plus grands horlogers, Schwerdfeger laisse une œuvre d’une exigence technique remarquable. Le secrétaire à abattant de la galerie Léage — l’un des très rares meubles que l’on puisse aujourd’hui lui attribuer — en résume tout l’art : beauté du placage, solidité du poli et ingéniosité des secrets.


Bibliographie :
Marc-André Paulin, « Schwerdfeger, ébéniste de Marie-Antoinette », L’Estampille / L’Objet d’art, n° 384, octobre 2003
Béatrice Mura, « Secrétaire Louis XVI signé Schwerdfeger », L’Estampille / L’Objet d’art, n° 235, avril 1990
Jean-Dominique Augarde, Jean Nérée Ronfort, Antide Janvier, Mécanicien-astronome. Horloger ordinaire du Roi, Éditions du Centre de Recherches Historiques sur les Maîtres Ébénistes


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