
Moins connu que son fils, le fameux « BVRB », Bernard I Van Riesen Burgh est pourtant l’un des principaux ébénistes de la fin du règne de Louis XIV et de la période Régence. Ses marqueteries d’une grande richesse séduisent une clientèle distinguée.

Bernard I Van Riesen Burgh naît à Groningue dans le Nord des Pays-Bas vers 1660. Il rejoint Paris pour y exercer le métier d’ébéniste avant 1694, et s’installe dans le faubourg Saint-Antoine où se retrouvent de nombreux artisans d’origine hollandaise et germanique. D’abord ouvrier libre du faubourg, il achète sa maîtrise à la corporation des ébénistes vers 1710, sans passer par le système de compagnonnage alors en usage. Excellent artisan, il acquiert rapidement une solide réputation et s’attire une clientèle de choix. En 1738, son inventaire après décès nous renseigne sur l’état de son atelier à la fin de sa carrière : celui-ci compte encore sept établis, un nombre important pour sa spécialité, et produit alors exclusivement des caisses de pendules. L’importance de son atelier se lit dans le choix de ses collaborateurs : il choisit Adrien Dubois comme chef d’atelier et le frère de ce dernier, François, est « graveur, découpeur et marqueteur ». Son principal ciseleur, Louis Blondel, travaille également pour Antoine-Robert Gaudreaus (1680−1746) ou Gilles Joubert (1689−1775), deux autres grands ébénistes du siècle des Lumières.

Dans les années 1690, Van Riesen Burgh réalise un mobilier extrêmement luxueux, en marqueterie de métal et d’écaille souvent agrémentée d’ornements en nacre et en corne teintée. Le bureau qu’il réalise pour la duchesse de Retz est un exemple particulièrement riche de ce mobilier Louis XIV novateur dans ses lignes comme dans son ornementation. Sa forme à caissons est mise au point seulement une dizaine d’années plus tôt. Les côtés du meuble sont ornés d’originales niches en trompe‑l’œil et en ressaut, et des culs-de-lampes élaborés ponctuent chaque élévation. Destiné au superbe hôtel particulier de la duchesse dans le bas du Marais, il devait être l’une des pièces phares de ce « palais de fée », décrit par Saint-Simon. Van Riesen Burgh produit à la même période plusieurs meubles de ce type, dont un exemplaire quasiment identique conservé au J. Paul Getty Museum et destiné à l’électeur de Bavière Maximilien II Emmanuel.

Exilé à Paris à la fin du règne de Louis XIV, dans le contexte de la guerre de Succession d’Espagne, Maximilien II Emmanuel cultive un goût prononcé pour le mobilier français. Il passe commande aux artisans les plus renommés de Paris par l’intermédiaire du marchand Edme Calley. La boutique de ce dernier, Au Roy d’Espagne, située rue de la Monnaie, est l’une des plus en vogue à Paris dans les années 1710 et attire une riche clientèle. L’électeur de Bavière commande à Calley une statue équestre vers 1714, dont le piètement est confié à Bernard I Van Riesen Burgh. L’ébéniste y renouvèle son esthétique : la fine marqueterie de cuivre sur écaille brune et les riches ornements de bronze doré délicatement ciselés témoignent de l’émergence du goût Régence. D’autres commandes suivent cette première réalisation, notamment le superbe bureau à gradins qui réunit Sébastien Slodtz (1655−1726) pour les bronzes et Van Riesen Burgh pour l’ébénisterie. Sa forme particulièrement originale et sa très grande qualité d’exécution en font l’un des plus beaux meubles du tout début de la Régence.

© 2012 Musée du Louvre, Dist. GrandPalaisRmn / Thierry Ollivier
L’œuvre de Bernard I Van Riesen Burgh se distingue par de riches marqueteries d’écaille et de métal, nourries d’un répertoire iconographique savant. Il s’inspire de gravures pour les composer, notamment celles du célèbre Jean Bérain (1640−1711), ou encore de l’Emblemata Amatoria publié à Amsterdam en 1608. Ces marqueteries sont peuplées d’allégories et de symboles récurrents. L’obélisque entouré de lierre et l’allégorie de l’Abondance se retrouvent ainsi sur plusieurs de ses réalisations, notamment les deux bureaux de l’électeur de Bavière précédemment évoqués. Van Riesen Burgh mêle également à ses décors un riche bestiaire fantastique. Sur un bureau de la collection de la galerie, oiseaux, personnages au costume exotique, chasseurs, arabesques et architectures imaginaires déploient un univers merveilleux sur un fond d’écaille brune.

Bernard I Van Riesen Burgh demeure actif jusqu’à sa mort en 1738, comptant parmi les derniers ébénistes à pratiquer la marqueterie métallique sous Louis XV. Son fils Bernard II Van Riesen Burgh établit son propre atelier d’ébénisterie avant la mort de son père. Plutôt que de poursuivre l’œuvre de ce dernier, il développe un goût pleinement rocaille.
Bibliographie :
Calin Demetrescu, Les ébénistes de la Couronne sous le règne de Louis XIV, La Bibliothèque des Arts, Lausanne, 2021.
Jean-Nérée Ronfort, « Bernard I Van Risamburgh (c. 1660–1738) », dans André-Charles Boulle (1642−1732). Un nouveau style pour l’Europe, cat. exp. Paris, musée des Arts Décoratifs / Somogy éditions d’art, 2009, pp. 96–100.
Jean-Nérée Ronfort et Jean-Dominique Augarde, « Le maître du bureau de l’Électeur », L’Estampille/L’Objet d’Art, n° 221, janvier 1991, pp. 42–75.