LE DOMAINE DU CHAMP DE BATAILLE

Domaine du Champ de Bataille

Il y a 10 ans, le décorateur Jacques Garcia venait célébrer à la galerie la sortie de Vingt ans de Passion. Le Château du Champ de Bataille. Le 27 mai prochain, il revient pour signer Trente ans de Passion, qui relate les dernières évolutions de ce chantier monumental.

Jacques Garcia
© Bruno Ehrs

Le château du Champ de Bataille est construit dans la seconde moitié du XVIIe siècle, à l’emplacement d’un rendez-vous de chasse des anciens marquis de Neubourg, qui lui donne son nom. Alexandre de Créqui en entreprend la construction en 1651. Personnage audacieux et téméraire, ce dernier participe à la Fronde contre le pouvoir royal, et se trouve exilé sur ces terres par le cardinal Mazarin. Il se consacre alors à l’édification de sa demeure, et demande à l’architecte Louis Le Vau (1612−1670) un château à l’architecture grandiose. Organisé suivant un plan quadrangulaire, marqué par des tours aux extrémités et des avant-corps centraux, il est précédé d’un arc de triomphe à l’antique. Au XVIIIe siècle, Anne François d’Harcourt, marquis puis duc de Beuvron, proche de Louis XVI, réaménage les intérieurs, et notamment l’entrée d’honneur, le grand escalier, le grand vestibule et le salon de compagnie. Il donne ainsi au château tout l’agrément des demeures aristocratiques du siècle des Lumières.

Vue de l’entrée d’honneur et du grand escalier
© Domaine du Champ de Bataille

Le domaine change plusieurs fois de mains au XIXe siècle avant d’être reconverti en hôpital dans les années 1930. S’ensuit une période de dépérissement, le château devenant successivement un camp d’internement, une colonie de vacances et un golf. En 1992, Jacques Garcia en fait l’acquisition et décide de faire renaître de ses cendres Champ de Bataille. S’appuyant sur des inventaires du XVIIIe siècle et sur les éléments qu’il retrouve sous les décors plus récents, il engage un chantier colossal croisant démarche archéologique et réinvention inspirée par une connaissance fine de l’histoire de l’art. Tout en dotant le château d’un système électrique et de plomberie modernes, il abat les couloirs, escaliers, murs et plafonds qui défigurent le plan initial. Il place dans certaines pièces des éléments acquis bien avant le château, comme le dallage et les lambris de marbre du XVIIe siècle du salon d’Apollon. Il redonne ainsi au château les volumes et les décors architecturaux de ses périodes fastes, du règne de Louis XIV à celui de Louis XVI.

Le salon d’Apollon
© Domaine du Champ de Bataille

Jacques Garcia réunit à l’intérieur de cet écrin une remarquable collection d’art, nourrie d’incessantes pérégrinations dans les brocantes, foires et maisons de vente, qu’il mène depuis son plus jeune âge. Doté d’une grande culture et d’un œil fin, il repère des œuvres aux provenances parfois insoupçonnées. Collectionneur persévérant et patient, il achète sur une longue période des ensembles remarquables. Ainsi, les chaises de la salle à manger, réalisées par le grand menuisier Nicolas Quinibert Foliot (1706−1776) et provenant des châteaux royaux de Fontainebleau, Versailles, Compiègne ou Saint-Cloud, sont acquises par une ou par deux au fil des ans. Le service de la manufacture de Sèvres dit « à motif de roses et de myrtes » et provenant des appartements privés de Louis XV à Versailles, est acquis de la même manière.

La salle à manger
© Eric Sander

À l’extérieur, le jardin est l’autre grand œuvre de Jacques Garcia. Fortement endommagé par les tempêtes de 1993 et 1999, il est entièrement repensé et redessiné par le décorateur. Un dessin du jardin attribué au grand jardinier du Roi-Soleil André Le Nôtre (1613−1700), sert de noyau à l’établissement du nouveau parc. Des parterres de broderies de buis sont ainsi plantés au centre, et conduisent le regard vers un grand canal. Autour, suscitant la surprise du visiteur au tournant de chaque bosquet, des jardins aux influences diverses sont aménagés. Les jardins anglo-indiens, égyptiens et romains emmènent le visiteur aux quatre coins du monde, et ménagent des espaces intimes. Renforçant encore l’effet de surprise, plusieurs fabriques ponctuent le parcours : le pavillon de Léda, la spectaculaire grotte de Cybèle ou la serre exotique. Après trente ans d’aménagements et d’évolutions, le jardin a aujourd’hui pris l’ampleur imaginée à l’origine par Jacques Garcia.

Le pavillon indien
© Eric Sander

Aujourd’hui, le rêve de Jacques Garcia est récompensé par l’obtention rare de trois étoiles Michelin Voyages & Culture, et par l’admiration de ses nombreux visiteurs. Trente ans de Passion relate l’aventure de son aménagement et illustre la beauté et l’ambition de ce projet extraordinaire.
 

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