LÉONARD BOUDIN (1735−1807) Ébéniste et marchand

Pierre Pioniez (ébénisterie attribuée à), Léonard Boudin (estampillée et livrée par), Table à deux fins, détail du plateau, vers 1765, Galerie Léage

Ébéniste et marchand, Léonard Boudin rencontre un vif succès et une ascension sociale remarquable. Formé au cœur du faubourg Saint-Antoine, il s’impose progressivement comme l’un des marchands les plus en vue de son temps, au service d’une clientèle distinguée.

Léonard Boudin (ébénisterie attribuée à), Pierre-Antoine Foullet (marqueterie), Commode, vers 1765–1770, New York, Metropolitan Museum of Arts (inv. 
1975.1.2033)

D’origine modeste, Léonard Boudin est le fils de Claude Boudin, compagnon tabletier dans le faubourg Saint-Antoine à Paris. Reçu maître ébéniste en 1761, il débute sa carrière comme ouvrier libre auprès de marchands-ébénistes, notamment de Pierre IV (1696−1758) et Pierre V Migeon (1733−1775). Entre 1758 et 1762, il livre à ces éminents marchands du faubourg secrétaires, bureaux, commodes et chiffonniers. Les Migeon remarquent son talent, et lui donnent accès à une clientèle de choix. En 1759, Boudin livre ainsi pour le chevalier d’Arcq, fils naturel du comte de Toulouse, un ensemble en laque asiatique réunissant une « armoire en secrétaire », une commode et un bureau. Son travail est également apprécié d’autres marchands-ébénistes, notamment Antoine Foullet (maître en 1749) ou Pierre Macret (1727−1806). En 1771, l’ébéniste de la Couronne Gilles Joubert (1689−1775), lui confie la réalisation d’un bureau plat et d’une commode destinés au comte de Provence, preuve de la grande qualité qu’a alors atteint sa production.

Léonard Boudin, Table à écrire, vers 1761–1770, New York, Metropolitan Museum of Arts (inv. 1975.1.2023), ancienne collection baron Henri de Rothschild puis Robert Lehman

D’abord installé rue Saint-Nicolas, Boudin emménage ensuite un peu plus au sud du faubourg, rue Traversière où il développe son atelier et son commerce. Sa réputation croît rapidement : en 1772, seuls huit ébénistes sont cités par l’Almanach Dauphin – qui répertorie alors les marchands et artisans parisiens – parmi lesquels Léonard Boudin. L’édition de 1777 décrit même son commerce comme « l’un des plus fameux magasins d’ébénisterie », ajoutant qu’il « fait des envois en province et chez l’étranger ». Son activité a alors changé : d’ébéniste, Boudin est devenu marchand. L’inventaire de ses possessions, dressé à la mort de son épouse en 1777, ne mentionne même aucun établi lui permettant de réaliser d’éventuels travaux d’ébénisterie. La même année, Boudin quitte définitivement le faubourg et s’installe à Saint-Germain‑l’Auxerrois, où se trouvent de nombreux marchands de meubles.

Léonard Boudin, Commode, vers 1761–1765, Versailles, Châteaux de Versailles et de Trianon (inv. OA 9600, dépôt du musée du Louvre)

© RMN-GP (Château de Versailles) / © Gérard Blot

Boudin s’établit alors comme marchand-tapissier. Au XVIIIe siècle, ces derniers peuvent vendre ou louer des tissus mais aussi de l’ébénisterie et des objets variés. Le Journal des Petites Affiches de décembre 1777 décrit ainsi les marchandises du magasin de Boudin : « meubles de toutes espèces dans le nouveau goût, savoir commodes, secrétaires et autres ouvrages d’ébénisterie, feux, bras et pendules dorés d’or moulu, pendules à bases de marbre blanc, glaces, lustres et ouvrages de la Chine, en vaisseaux et châteaux de nacre et de perle. » Comme les marchands merciers, il fait travailler de concert plusieurs artisans et peut vendre des pièces qu’il n’a pas réalisé lui-même. André-Louis Gilbert (1746−1809), Charles Topino (vers 1742–1803), Pierre-Antoine Foullet (maître en 1765) et Pierre Pioniez (maître en 1765) comptent parmi les ébénistes qui lui fournissent du mobilier. Leurs estampilles se retrouvent ainsi souvent sur leurs meubles aux côtés de celle de Boudin. Ce dernier revend également parfois des pièces plus anciennes : une encoignure en collection privée porte ainsi à la fois l’estampille de Boudin et de Jean-Pierre Latz (1691−1754), mort plusieurs années avant qu’il ne commence son activité de marchand.

Pierre Pioniez (ébénisterie attribuée à), Léonard Boudin (estampillée et livrée par), Table à deux fins, vers 1765, Galerie Léage

Partagé entre sa production propre et celle qui lui est fournie par d’autres ébénistes, le goût de Léonard Boudin est difficile à cerner. L’ébéniste exécute au début de sa carrière des meubles Transition aux décors originaux de marqueteries de cubes encadrées de grecques. Il favorise ensuite ce genre d’ornementation chez les artisans auxquels il passe commande. Une table à deux fins de la collection de la galerie, attribuée à Pierre Pioniez et estampillée par Boudin, reprend ainsi la même marqueterie de cubes enrichie de trèfles que l’on voit sur ses premiers meubles. Bien qu’aucun matériau ni aucune forme ne semble avoir été privilégié par le marchand, certains éléments récurrents se retrouvent parfois d’un meuble à l’autre. Plusieurs secrétaires à abattants attribués à Gilbert, et estampillés par Boudin présentent des formes et des encadrements de bronzes proches. Parmi eux, deux possèdent un rare décor en vernis européen aux couleurs vives à l’imitation de la laque chinoise, dont l’un se trouve actuellement dans les collections de la galerie.

André-Louis Gilbert (ébénisterie attribuée à), Léonard Boudin (livré par), Secrétaire à abattant à décor de vernis européen, vers 1775, Galerie Léage

Léonard Boudin, Secrétaire en vernis européen à décor chinois, époque Louis XVI, vers 1775–1780, ancienne collection Philip Sasson à Houghton Hall, collection particulière

Du faubourg Saint-Antoine aux abords du Palais-Royal, Léonard Boudin construit, tout au long de sa carrière, une réussite exemplaire. Tour à tour ébéniste puis marchand, il orchestre la production de certains des meilleurs artisans de son temps et participe à la diffusion d’un goût raffiné et innovant.


Bibliographie :
Patricia Lemonnier, « Boudin ébéniste et marchand », L’Estampille, n°226, juin 1989
Claude Frégnac, Les ébénistes du XVIIIe siècle français, Hachette, 1963
Alexandre Pradère, Les ébénistes français de Louis XIV à la Révolution, Nouvelles éditions du Chêne, 1989
Ouvrage collectif, 18e aux sources du design, Faton, 2014


Mentions légales

© 2025, Galerie Léage

Conçu par Lettera.