RICHARD DE LALONDE (1735−1808)

Décorateur et dessinateur

Richard de Lalonde, [Modèle de girandoles], issu de l’album de dessins pour un marchand mercier,  vers 1780–1790, Paris, Musée des arts décoratifs (inv. CD 189.70)

© Les Arts Décoratifs

Dessinateur, inventeur de modèles et ornemaniste, Richard de Lalonde (1735−1808) est l’une des grandes figures du néoclassicisme français. Encore peu étudié à ce jour, il livre une œuvre riche et originale.

Richard de Lalonde (dessinateur), Berthault (graveur), Chéreau (éditeur), [Frises], in Oeuvres diverses de Lalonde décorateur et dessinateur, vers 1775–1789, Londres, Victoria & Albert Museum (inv. E.5175–1910)

© Victoria and Albert Museum, London

Peu de choses sont connues sur le début de la carrière de Richard de Lalonde, mais son nom se retrouve dès 1760 dans les comptes des Menus Plaisirs du Roy. Chargée de produire tous les éléments nécessaires au faste du souverain, cette administration royale emploie de nombreux dessinateurs pour l’élaboration de décors ou de costumes. La réputation de Lalonde s’établit surtout à partir des années 1780, lorsque de nombreuses gravures de ses dessins de meubles et d’objets d’art sont publiées à Paris. Il travaille alors pour une clientèle distinguée, parmi laquelle figure notamment le comte de Provence, frère du roi, pour qui il dessine une commode réalisée par Joseph Stöckel (1743−1802) en 1786. Deux ans plus tard, il fournit les dessins de deux consoles en acajou pour son salon des Jeux du roi au château de Saint-Cloud. Lalonde est ainsi au cœur du processus de création du mobilier royal.

Richard de Lalonde (d’après), Joseph Stockel (ébénisterie), Guillaume Benneman (repris ensuite par), Commode, d’abord livrée pour le comte de Provence puis achetée par Louis XVI, 1786, Paris, Musée du Louvre (inv. OA 5507)

© 2011 GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / RMN Agence photo

L’œuvre de Richard de Lalonde est principalement connue par l’intermédiaire de la gravure. À partir de 1783–1784, ses dessins sont réunis en recueils publiés par Jacques-François Chéreau et gravés par J. B. Fay et Berthault. Leur tracé précis et détaillé, ainsi que leur ornementation riche et délicate, assurent leur succès auprès d’un large public. Dès 1781, Jean-Félix Watin cite dans le fameux Art du peintre, doreur, vernisseur le goût parfait et nouveau de Lalonde, à la fois simple et élégant. Ses réalisations relèvent d’un néoclassicisme mature, associant formes, matériaux et ornements avec équilibre et harmonie dans un goût Louis XVI fleuri, teinté d’arabesques et d’éléments à l’étrusque. Ses dessins gravés se retrouvent à travers toute la France, mais aussi en Flandres, dans les Pays-Bas, en Allemagne ou encore en Angleterre, contribuant à la diffusion du goût français en Europe. Plusieurs recueils sont successivement publiés, entre 1783 et l’extrême fin du XVIIIe siècle.

Richard de Lalonde, [Projet de décor pour un salon], vers 1780–1785, Paris, Musée des arts décoratifs (inv. 6371)

© Les Arts Décoratifs

Dans l’intitulé de son premier recueil, publié en 1783–1784, Richard de Lalonde se présente comme « décorateur et dessinateur ». Le décorateur tel qu’on l’entend aujourd’hui, au sens de spécialiste du décor intérieur sélectionnant et agençant les différents éléments le composant, n’existe pas au XVIIIe siècle. Le terme désigne alors plutôt les dessinateurs de décors éphémères, pour les représentations théâtrales ou les fêtes. Richard de Lalonde s’en rapproche pourtant à plusieurs égards. Certains créateurs de la période, architectes, dessinateurs ou ébénistes, ont en effet une pratique proche du concept moderne de décorateur. Ils conçoivent des modèles et dirigent la création d’intérieurs complets, où chaque meuble et chaque objet occupe une place définie. Des intérieurs complets sont ainsi représentés par Lalonde, où boiseries, miroirs, meubles et objets composent un décor cohérent. À ce jour, il n’a pas été possible de rapprocher ses dessins d’intérieurs effectivement réalisés, mais plusieurs meubles sont directement inspirés de ses projets.

Richard de Lalonde (d’après), Paire de consoles aux volutes, vers 1775–1780, galerie Léage

Richard de Lalonde (dessinateur), Fouin (graveur), Chéreau (éditeur), [Console], 1776–1788, Versailles, Châteaux de Versailles et de Trianon (inv. V.2024.51.26)

© Château de Versailles, Dist. RMN / © Christophe Fouin

Lalonde collabore également avec les marchands merciers et leur fournit des dessins détaillés de meubles et d’objets d’art. Le Musée des Arts décoratifs à Paris conserve un rare album de ses dessins, présentant 94 modèles de parquets, chenets, lanternes, commodes et autres secrétaires. Il est vraisemblablement destiné à un marchand mercier – les noms de Simon-Philippe Poirier (vers 1720–1785) et Dominique Daguerre (1740−1796) ont été avancés – qui souhaiterait soumettre ces œuvres à sa clientèle. Réalisés d’après des exemplaires déjà existants dans le stock du marchand, ou bien imaginés en différentes variations en amont de leur exécution, ces dessins constituent un témoignage précieux du processus de commande au XVIIIe siècle. Détaillant les éléments de sculpture et de dorure, ils donnent également des détails techniques utiles aux artisans qui seront en charge de leur réalisation.

Richard de Lalonde, [Petit secrétaire à cylindre], issu de l’album de dessins pour un marchand mercier, vers 1785–1790, Paris, Musée des Arts décoratifs (inv. CD 189.34)

© Les Arts Décoratifs

L’un des grands interprètes du goût Louis XVI, Richard de Lalonde livre des dessins d’une finesse et d’une élégance remarquables, largement diffusés par la gravure. Collaborant avec l’administration royale et les plus grands marchands merciers, il occupe un rôle central dans la création des arts décoratifs de la période.

Bibliographie :
Ouvrage collectif, 18e aux sources du design, Éditions Faton, 2014
Rainier Baarsen, Process. Design Drawings from the Rijksmuseum 1500–1900, nai010, 2022
Peter Fuhring, Designing the décor. French drawings from the eighteenth century, Calouste Gulbenkian Foundation, 2005

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