L’or blanc de Saxe

Johann Joachim Kändler (d’après), Jacques ou Philippe Caffieri (bronzes attribués à), Lazare Duvaux (probablement livrés par), Paire de candélabres aux oiseaux de proie, détail, vers 1745, galerie Léage
H : 75 cm – 29 1⁄2 inches – L : 42 cm – 16 1⁄2 inches – P : 36 cm – 14 1⁄4 inches
À découvrir sur notre stand 122 à la TEFAF Maastricht du 14 au 19 mars
La porcelaine dure, « l’or blanc » tant convoité au XVIIIe siècle, est d’abord l’apanage de la manufacture saxonne de Meissen. Ses artisans et chimistes inventent une pâte, des couleurs, des formes et des motifs qui révolutionnent l’art de la céramique européenne.

Manufacture de Meissen, Johann Friedrich Böttger (sous la direction de), Johan Jakob Irminger (modeleur), Bouteille, vers 1713–1720, New York, Metropolitan Museum of Arts (inv. 1974.356.499)
En 1701, le prussien Johann Friedrich Böttger (1682−1719) se réfugie en Saxe pour fuir le roi de Prusse qui tente de s’emparer de son précieux savoir d’alchimiste. C’est finalement le duc de Saxe, Auguste II le Fort, qui le fait emprisonner et lui demande de poursuivre ses recherches. Le duc, passionné de porcelaines asiatiques, s’intéresse tout particulièrement à la technique de fabrication de ce précieux matériau, jusqu’alors inconnu en Europe. En 1709, l’alchimiste annonce avoir découvert le secret de la porcelaine dure. L’année suivante, Auguste II fonde la manufacture de Meissen, et charge Böttger de perfectionner sa découverte. La Saxe est alors la première à produire une porcelaine ayant les mêmes caractéristiques de blancheur, de translucidité et de solidité que la porcelaine de Chine et du Japon.

Manufacture de Meissen, Vase, vers 1734, Versailles, Châteaux de Versaille et de Trianon (inv. VMB 14405)
© RMN-GP (Château de Versailles) / © Franck Raux
Les premières pièces de porcelaine sont produites à l’imitation des modèles asiatiques. Auguste II Le Fort met à la disposition des artisans sa très riche collection – il possède à la fin des années 1720 près de 25 000 pièces – afin de leur servir de modèle. En 1720, le peintre Johann Gregorius Höroldt (1696−1775) rejoint la manufacture et y apporte une technique cruciale, la peinture « de petit feu ». Elle permet d’apposer de nombreuses et belles couleurs sur la porcelaine, et de reproduire plus fidèlement les modèles importés et d’imaginer de nouveaux décors. Doté d’une imagination fertile, Höroldt développe le goût pour les chinoiseries et dessine de nombreuses saynètes rassemblées dans un recueil, le Schulz-Codex, que les peintres de l’atelier reprennent.
En 1727, le duc projette de grands travaux de transformation pour faire de son Palais hollandais, qui abritait ses collections de porcelaines asiatiques et saxonnes, un immense Palais japonais au programme décoratif ambitieux. Il y réorganise dès 1730 la présentation des pièces : le rez-de-chaussée est réservé aux porcelaines asiatiques, et l’étage supérieur aux productions de la manufacture. Cette disposition est symbolique : la porcelaine saxonne est désormais considérée comme supérieure à son pendant oriental.

Manufacture de Meissen, Johann Joachim Kändler (d’après), Vautour dévorant un cacatoès, 1734, Sèvres, Musée national de la céramique (inv. MNC 2275.5)
©RMN-Grand Palais Sèvres Cité de la céramique-Adrien Didierjean
Pour décorer son Palais japonais, le duc de Saxe fait appel à Johann Joachim Kändler (1706−1775) qui rejoint la manufacture en 1731. Il lui commande d’ambitieuses sculptures naturalistes, notamment des oiseaux grandeur nature. Kändler imagine des compositions d’une ampleur sans précédent, démontrant une sensibilité et une attention au détail remarquables, alliées à un grand savoir-faire technique. Il produit également de petits groupes sculptés, scènes de genre et animaux divers, très appréciés des amateurs européens. La précision de leur modelé et leurs postures vives révèlent un goût léger et riant. Le porcelainier imagine également des services de table, dont le superbe Service aux cygnes du comte von Brühl, des terrines ou encore des candélabres. L’or blanc est alors définitivement assimilé par les artisans de Meissen et adapté aux goûts et aux usages européens.

Manufacture de Meissen, Johann Joachim Kändler (d’après), Les quatre parties du Monde : l’Europe, 1745, Paris, Musée du Louvre (inv. OA 8052)
© 2007 GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Jean-Gilles Berizzi
La porcelaine de Saxe est très appréciée en Europe, notamment à Paris où les marchands merciers et faïenciers la vendent et la transforment. Les faïenciers Jean-Charles Huet et Henri Le Brun semblent détenir un quasi-monopole sur la porcelaine de Meissen à Paris jusqu’à la fin des années 1730. On la trouve ensuite dans les boutiques des marchands réputés, dont Lazare Duvaux (1703−1758) et Thomas-Joachim Hébert (1687−1773). Ils font placer les groupes sculptés de Meissen dans de superbes montures de bronze doré, et les transforment en candélabres, pendules, ou encore encriers. Ils les associent parfois à des pièces de Vincennes-Sèvres ou encore de Chantilly dans des compositions complexes.
Une paire de candélabres aux oiseaux de proie, probablement livrée par Lazare Duvaux vers 1745, sera exposée sur notre stand à la TEFAF Maastricht. Les deux groupes de porcelaine, réalisés d’après des modèles de Kändler de 1734 et 1739, sont encadrés d’amples bras de lumière rocaille attribués à Jacques (1678−1755) ou à Philippe Caffieri (1714−1774). Brillamment conçus, ils révèlent un équilibre subtil, où le bronze prolonge d’un seul mouvement les compositions de porcelaine.

Johann Joachim Kändler (d’après), Jacques ou Philippe Caffieri (bronzes attribués à), Lazare Duvaux (probablement livrés par), Paire de candélabres aux oiseaux de proie, vers 1745, galerie Léage
H : 75 cm – 29 1⁄2 inches – L : 42 cm – 16 1⁄2 inches – P : 36 cm – 14 1⁄4 inches
À découvrir sur notre stand 122 à la TEFAF Maastricht du 14 au 19 mars
Nous vous invitons à venir découvrir ces chefs‑d’œuvre de la manufacture de Meissen et à admirer l’art des marchands merciers parisiens sur notre stand 122 à la TEFAF Maastricht, du 14 au 19 mars.

Bibliographie :
Antoinette Faÿ-Hallé, Comment reconnaître une porcelaine de Saxe du XVIIIe siècle, Éditions de la réunion des musées nationaux, 2008
Mathieu Deldicque (dir.), Porcelaines de Meissen et de Chantilly. La fabrique de l’extravagance, Éditions Monelle Hayot, 2020