MEUBLES PEINTS

Ferdinand Bury (ébénisterie attribuée à), Jean-Louis Prévost (décor peint attribué à), Jean-Baptiste II Tuart (probablement livrés par), Meuble d’appui, d’une paire, détail, vers 1770–1775, galerie Léage, ancienne collection d’Hannah Primerose, née Rothschild, à Mentmore Towers

Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, les créateurs et marchands parisiens rivalisent d’inventivité pour créer des meubles originaux, à la pointe du goût. Parmi eux, les meubles peints à l’huile sur placage d’érable sycomore constituent une production rare et d’un grand raffinement.

René Dubois (ébénisterie attrribuée), Secrétaire, vers 1770–1780, Paris, Petit Palais – Musée des Beaux-Arts de la ville de Paris (inv. ODUT1506)

Le goût pour les meubles richement colorés est sensible parmi les amateurs parisiens depuis les années 1730 et la démocratisation du décor au vernis européen par les frères Martin. Dans les années 1770, ce goût s’affermit et plusieurs ébénistes élaborent des décors originaux à l’aide de techniques variées. René Dubois (1737−1799) orne ses meubles de superbes décors en camaïeu ou de reproductions de tableau de chevalet, rehaussés de couleurs vives. Jean-Henri Riesener (1734−1806) fait quant à lui peindre sous verre de riches arabesques pour les vantaux du meuble à hauteur d’appui qu’il livre au comte d’Orsay vers 1770 (Musée du Louvre, inv. OA 6523). Philippe Pasquier (maître en 1760) suit leur exemple pour un secrétaire réalisé pour Madame du Barry, favorite de Louis XV (Metropolitan Museum, inv. 58.75.120). Son abattant et la façade des tiroirs intérieurs sont ornés de scènes variées à la gouache, au pastel et à l’aquarelle placées sous verre. Au sein de cette production variée, un rare ensemble de meubles peints à l’huile sur placage d’érable sycomore se distingue.

Étienne-Louis Boullée, Projet pour une commode, vers 1770–1780, Paris, École nationale supérieure des beaux-arts (inv. n°O1084)

Joseph Baumhauer (ébénisterie), Jean-Louis Prévost (décor peint), Commode, livrée à Nicolas Beaujon à l’hôtel d’Évreux, vers 1770, Rome, Collection Terruzzi

En 1773, Nicolas Beaujon, banquier du Roi et de la Cour, acquiert l’hôtel d’Évreux, ancienne résidence de Madame de Pompadour et actuel palais de l’Élysée. Il confie à l’architecte Étienne-Louis Boullée (1728−1799) les travaux de réaménagement de l’hôtel, ce dernier supervisant semble-t-il aussi bien la construction que le décor intérieur. L’idée d’un mobilier particulièrement original naît alors, à l’initiative du commanditaire ou de son architecte. Un placage d’érable sycomore au grain satiné, décoré d’un délicat décor de fleurs peint à l’huile est choisi pour plusieurs meubles, dont une commode et deux secrétaires en armoire. Un dessin de Boullée donne la silhouette générale de la commode, encore connue aujourd’hui et conservée à Rome dans la collection Terruzzi. Estampillée par l’ébéniste Joseph Baumauher (1747−1772), elle est peinte à l’huile par Jean-Louis Prévost (1740−1810), peintre de natures mortes. Un des secrétaires en armoire de cet ensemble est probablement celui conservé aujourd’hui à Waddesdon Manor.

Joseph Baumhauer (ébénisterie attribuée à), Louis-Étienne Boullée (possiblement d’après un dessin de), Jean-Louis Prévost (possiblement peint par), Secrétaire en armoire, probablement livré pour Nicolas Beaujon à l’hôtel d’Évreux, vers 1770, Aylesbury, Waddesdon Manor (inv. 3160)

Le goût pour les meubles peints sur placage d’érable sycomore est alors lancé à Paris. D’autres marchands s’emparent de l’idée, et notamment le marchand ébéniste Jean-Baptiste II Tuart (maître en 1752). Un coordinateur, marchand ou architecte, est indispensable à la création de ces meubles, fruit du travail d’un artisan ébéniste et d’un artisan peintre, encore rehaussé de bronzes dorés et d’un plateau de marbre. Tuart confie ainsi à Ferdinand Bury (1740−1795) la création d’un chiffonnier aujourd’hui conservé en collection privée et portant leurs deux estampilles. Quelques rares autres exemplaires sont encore connus, dont deux paires de cabinets provenant de Mentmore Towers, une commode demi-lune estampillée par Jacques-Laurent Cosson (maître en 1765), une paire de bas d’armoire et une paire de consoles d’époque Consulat, aujourd’hui dans les collections de la Banque de France. Ces dernières, réalisées vers 1800, marquent la fin de cette production très restreinte que l’on peut résumer à cette petite dizaine d’exemplaires.

Cabinet, d’une paire, vers 1770–1775, ancienne collection d’Hannah Primerose, née Rothschild, à Mentmore Towers

Ces meubles offrent une variation originale du goût néoclassique. Leur structure, souvent strictement géométrique, révèle une rigueur et une simplicité de ligne caractéristique de cette période. Leurs décors se rapprochent des arabesques et des délicats décors floraux que l’on retrouve alors sur les tissus ou les porcelaines contemporaines. Ils sont par ailleurs visiblement pensés pour s’intégrer dans des décors de boiseries similaires. Le prince de Condé possédait au palais Bourbon un boudoir peint par Deleuze en faux bois de rose et carreaux de porcelaine peints de fleurs, doté d’un secrétaire peint à l’imitation de ces mêmes carreaux. Les exemplaires peints à l’huile sur érable sycomore prenaient ainsi probablement place dans de riches décors de boiseries peints de fines guirlandes de fleurs et d’arabesques.

Ferdinand Bury (ébénisterie attribuée à), Jean-Louis Prévost (décor peint attribué à), Jean-Baptiste II Tuart (probablement livrés par), Paire de meubles d’appui, vers 1770–1775, galerie Léage, ancienne collection d’Hannah Primerose, née Rothschild, à Mentmore Towers

À découvrir sur notre stand 122 à la TEFAF Maastricht du 14 au 19 mars

Rares dès leur création, ces meubles figurent aujourd’hui parmi les plus importants témoignages du raffinement décoratif parisien des années 1770. Deux cabinets de cet ensemble seront présentés par la galerie Léage sur son stand à la TEFAF Maastricht, et constitueront une opportunité remarquable de redécouvrir ces meubles d’exception.

Bibliographie :
Catalogue collection, 18e. Aux sources du design, Éditions Faton, 2014
B. G. B. Pallot, « Les meubles peints sur fond d’érable sycomore », Connaissance des Arts, février 1987, pp. 98–107.

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