
Charles Cressent, Commode à palmes croisées et dragons, détail, vers 1745–1750, galerie Léage
À découvrir sur notre stand 122 à la TEFAF Maastricht du 14 au 19 mars
Bronzier et ébéniste, Charles Cressent s’affirme dans la première moitié du XVIIIe siècle comme l’un des artisans les plus réputés de cette période à Paris. En alliant ses deux professions, il crée des meubles d’un luxe et d’une originalité remarquables.

Joseph Poitou (ébénisterie attribuée à), Charles Cressent (bronzes attribués à), Commode, période Louis XIV, premier quart du XVIIIe siècle, galerie Léage
Né à Amiens en 1685, Charles Cressent est petit-fils de menuisier et fils de sculpteur. Il reçoit ainsi une double formation, et obtient en 1714 sa maîtrise de sculpture à Paris. Se spécialisant dans la ciselure des bronzes d’art, il travaille d’abord pour le sculpteur François Girardon (1628−1715). Joseph Poitou (1682−1719), rival du grand ébéniste et bronzier André-Charles Boulle (1642−1732), l’emploie ensuite pour réaliser les ornements de bronze de ses meubles. À la mort de Poitou, en 1719, Cressent épouse sa veuve et reprend son atelier d’ébénisterie de la rue Jonquelet. Il conçoit alors l’ébénisterie et le décor de bronze de son mobilier, situation presque unique au XVIIIe siècle. Dans sa boutique, il expose les meubles de grand luxe qu’il produit, aux côtés des tableaux de maître, des médailles, des ivoires et d’autres objets précieux de sa collection privée. Créateur virtuose, Cressent est en effet un homme cultivé et un collectionneur averti. Plusieurs ventes de ses collections, en 1748, 1756 et 1765, permettent d’en apprécier la qualité.

Charles Cressent (attribué à), Bureau plat aux espagnolettes, vers 1720–1725, Los Angeles, J. Paul Getty Museum (inv. 67.DA.10)
Des pièces de son stock sont également proposées lors de ces ventes aux enchères. Leurs catalogues offrent des descriptions précises de son mobilier, et permettent aujourd’hui de lui attribuer certains meubles malgré l’absence d’estampille. Cressent met au point plusieurs modèles au cours de sa carrière, notamment des pendules et des chenets d’une grande originalité, et produit également de nombreuses commodes, armoires et bureaux plats. Il affectionne particulièrement les marqueteries en frisage pour le décor de ses productions. Jouant avec les veines des bois de rose, d’amarante et de satiné, il crée des compositions géométriques sobres et élégantes. En pointe de diamant, en aile de papillon, ses compositions mettent en valeur les ornements de bronze, parfois soulignés par un encadrement d’amarante. Cressent est également l’un des premiers à utiliser le bois de citronnier dans ses placages, notamment dans le décor de la commode à deux tiroirs et deux vantaux conservée au musée du Louvre (inv. OA 10900).

Charles Cressent, Armoire, 1740–1760, Paris, Musée du Louvre (inv. OA 10582)
© 2010 Musée du Louvre / Département des Objets d’art du Moyen Age, de la Renaissance et des temps modernes
En dépit de l’interdiction de la corporation des menuisiers-ébénistes de pratiquer deux professions, et des conflits qui s’ensuivent, Cressent continue tout au long de sa carrière à créer le décor de bronze de son mobilier. Il accorde à ce dernier une place particulièrement importante sur ces meubles, et se distingue ainsi de ses contemporains. Le bronzier déploie une inventivité débordante, au service d’un goût rocaille puissant et équilibré. Ornements floraux, agrafes ajourées, et rinceaux chantournés se retrouvent sur son mobilier. Il développe plusieurs figures originales, comme ses bustes de femmes dits « espagnolettes » qui ornent nombre des chutes d’angle de ses bureaux, ou ses compositions aux singes d’un exotisme typiquement rocaille. Cressent peuple également ses décors d’animaux fantastiques : entre 1745 et 1750, un ensemble remarquable de commodes dites « à palmes croisées et dragons » est produit dans son atelier.

Charles Cressent, Jean Godde l’Aîné (horloger), Cartel, vers 1740–1745, New York, Metropolitan Museum of Arts (inv. 1971.206.27)
Cressent possède une importante clientèle, parmi laquelle se trouvent les amateurs les plus éclairés du XVIIIe siècle. Ébéniste privilégié du Régent le duc d’Orléans au début de sa carrière, il développe par la suite une riche clientèle privée – le marquis de Marigny et sa sœur Madame de Pompadour, le duc de Richelieu, ainsi que de nombreux membres de l’aristocratie et de la finance. Il vend également quelquefois par le truchement de marchands merciers, ou d’autres ébénistes comme Antoine-Robert Gaudreaus (vers 1680–1746). Sa réputation est grande à Paris dès les années 1720 et le succès retentissant de ses différentes ventes ne fait que l’affirmer. Son talent est loué à plusieurs reprises par les littérateurs parisiens, et l’abbé Raynal dans le chapitre consacré aux grands sculpteurs de l’époque de ses Nouvelles littéraires (1749) dit ainsi de lui qu’il « doit avoir sa place parmi les grands artistes français » et qu’il « a succédé à la réputation du fameux Boulle ». Sa notoriété dépasse même les frontières françaises : le roi Jean V du Portugal, le prince Charles-Albert, électeur de Bavière, ou encore la reine Charlotte de Grande-Bretagne possèdent des pièces issues de son atelier.

Charles Cressent, Commode à palmes croisées et dragons, vers 1745–1750, galerie Léage
À découvrir sur notre stand 122 à la TEFAF Maastricht du 14 au 19 mars
Bibliographie :
Alexandre Pradère, Charles Cressent, Éditions Faton, 2003.
François de Salverte, Les ébénistes français du XVIIIe siècle, Paris, Éditions d’art et d’histoire, 1934.