JEAN BÉRAIN (1640−1711)


Claude Duflos (graveur), Joseph Vivien (d’après), Jean Bérain, 1709, Versailles, Châteaux de Versailles et de Trianon (inv. INV.GRAV.LP 31 bis.70.1)

© Château de Versailles, Dist. RMN / © EPV

Ornemaniste de génie, Jean Bérain exerce une influence considérable sur les arts du règne de Louis XIV. Inventeur prolifique, il met au point un goût original, qu’il applique à de nombreux domaines et qui influence ses contemporains de manière significative.


Jean Bérain (d’après), Deux coffrets de toilette, vers 1700–1715, New York, Metropolitan Museum (inv. 2011.12 et 2011.13), ancienne collection galerie Léage

Fils et petit-fils d’arquebusier, Jean Bérain naît en 1640 en Lorraine. Très jeune, il émigre à Paris avec ses parents pour fuir la guerre de Trente Ans qui sévit alors dans la région. D’abord formé à l’arquebuserie, il se révèle être un dessinateur hors pair. À 19 ans, il publie son premier recueil Diverses pièces très utiles pour les Arquebuzières dont le succès est immédiat. Ses qualités sont remarquées à la Cour, et il est appelé à travailler pour le Cabinet des planches gravées du roi en 1671. Il bénéficie probablement à cette occasion de la protection du grand Charles Le Brun (1619−1690), premier peintre du roi. En 1674, Bérain obtient la charge de dessinateur de la Chambre et du Cabinet du roi : il devient alors l’un des principaux artistes de la Cour, réalisant les décors et les costumes de nombreux évènements, ballets, comédies, carrousels et autres célébrations. En 1679, Louis XIV lui permet de s’installer sous la grande galerie du Louvre, un honneur réservé aux meilleurs serviteurs du royaume. Il a notamment pour voisin l’ébéniste et bronzier André-Charles Boulle (1642−1732). Il mène une brillante carrière jusqu’au début du XVIIIe siècle, avant de se retirer progressivement à partir de 1705.

Jean Bérain, Scénographie. Grotte aux stalactites avec des atlantes, fin du XVIIe siècle, Stockholm, National Museum (inv. NMH CC 3164)

Dès les années 1680, Jean Bérain est qualifié par ses contemporains de « génie universel ». Sa créativité semble-t-il sans limite s’applique aux décors d’évènements variés donnés à la Cour, mais aussi aux décors de l’Opéra de Jean-Baptiste Lully (1632−1687), ou encore à la décoration d’intérieurs aristocratiques. Pour les premiers, il dessine tout, des costumes aux fonds de scène, en passant par les machineries et les illuminations. La magie de ses réalisations est encore célébrée au milieu du XVIIIe siècle, et Pierre-Jean Mariette dit ainsi qu’il n’y eut « jamais décorations de théâtre mieux entendues ni habits plus riches et d’un meilleur goût ». Il applique aux intérieurs un sens inédit de l’harmonie, de la surprise et de la profusion. En 1681, il réalise ainsi le décor du cabinet des médailles de Louis XIV à Versailles, qu’il couvre de miroirs jusqu’au plafond. Pour le marquis de Segnelay, fils de Colbert, il réalise le décor complet de la salle à manger de son château de Sceaux après 1685. Il dessine ensuite pour le prince de Condé en 1688 plusieurs plafonds, pour son château neuf de Chantilly. Rares sont ses décors conservés aujourd’hui. C’est principalement par leur reproduction gravée que l’on peut les apprécier.

Jean II Bérain (graveur), Jean Bérain (d’après), Dessin d’une pendule réalisée pour la petite galerie du roi à Versailles, figurant dans les collections du duc d’Aumont au XVIIIe siècle, vers 1695–1705, Stockholm, National Museum (inv. NMH THC 1135)

Parmi ses nombreux dessins, Bérain livre plusieurs modèles de meubles et d’objets d’art. Il dirige la réalisation d’un somptueux bureau à huit pieds pour le cabinet des médailles de Louis XIV dès 1684. Pour le roi à Versailles, il réalise également une pendule monumentale et son piètement, qui ne sera finalement pas livrée au souverain. Figurant dans les collections du duc d’Aumont au XVIIIe siècle, on a aujourd’hui perdu sa trace. De nombreux cadres de miroir, des lustres, des vases, des tapisseries ou encore des torchères figurent également dans son œuvre. Bérain est par ailleurs l’un des premiers à dessiner des commodes à la fin du XVIIe siècle, meuble d’une grande nouveauté. Un exemplaire conservé à la Wallace Collection et réalisé par l’ébéniste Alexandre-Jean Oppenordt (1639–1715) reprend précisément un des dessins de Bérain. Il introduit dans le mobilier des formes mouvementées et galbées, qui rompent avec la monumentalité des meubles du début du règne de Louis XIV.
Plus que par ses modèles de meubles, Bérain révolutionne les arts décoratifs par ses décors. Il développe un art de la grotesque ponctué de figures fantastiques, humaines, végétales ou animales. Ses compositions sont largement reprises pas ses contemporains : Boulle, autre figure artistique éminente du règne de Louis XIV, le cite littéralement pour le décor de l’arrière d’un miroir de toilette aujourd’hui conservé à la Wallace Collection (inv. F50).

Alexandre-Jean Oppenordt (ébéniste), Jean Bérain (d’après), Commode, vers 1695, Londres, Wallace Collection (inv. F405)
© The Wallace Collection

Marguerin Daigremont (graveur), Jean Bérain (d’après), Ornements inventés par J. Bérain, « Bureau de marqueterie, lustre, surtout, aiguière et console », XVIIIe siècle, Paris, INHA

L’influence de Bérain sur ses contemporains est à la mesure de son génie. Il crée un goût distinctif, célébré par ses pairs et largement diffusé par la gravure en France et à travers l’Europe. L’architecte suédois Nicodème Tessin le jeune (1654−1728) dont il est proche, vante sans relâche ses mérites auprès de la Cour de Suède et introduit ses dessins en Scandinavie.
Rompant avec la monumentalité du Grand Siècle, Bérain introduit une fantaisie et une légèreté qui mèneront plus tard au rocaille. Entre monumentalité théâtrale et lyrisme, ses compositions relèvent d’une véritable poésie de l’ornement, soutenue par une justesse de proportion et un grand raffinement dans le choix de ses motifs. Ses décors élégants, plus faciles et rapides à mettre en œuvre que les grands décors classiques, répondent également au goût d’une société plus attentive aux modes. Ils annoncent la course à la nouveauté du XVIIIe siècle.


Nicolas Sageot (ébéniste), Jean Bérain (décor d’après), Commode en marqueterie Boulle, époque Louis XIV, Galerie Léage

Jean Bérain est un acteur clef de la formation du goût Louis XIV, dont l’influence est considérable. Admirés et repris par ses contemporains, il est toujours apprécié aux siècles suivants. Sous le Second Empire, son œuvre gravé est ainsi publié en plusieurs recueils et la variété de ses ornements ne cesse aujourd’hui de nous surprendre.


 Bibliographie
Jérôme de La Gorce, Bérain. Dessinateur du Roi Soleil, Herscher, 1986
Motifs ornementaux de l’Œuvre de Bérain. Ornemaniste du Roy, Éditions Vial, 2011

Mentions légales

© 2025, Galerie Léage

Conçu par Lettera.